samedi, décembre 10, 2016

RÉFUGIÉS SYRIENS La lune de miel des Darwish avec le Québec

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Quelques jours après son arrivée, la famille Darwish prend ses repères

Sara, Batoul, Adel et leurs parents, Marwa et Feras Darwish, au parc La Fontaine
Sara, Batoul, Adel et leurs parents, Marwa et Feras Darwish, au parc La Fontaine
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir

Dans le parc La Fontaine, sous un coin de ciel bleu, les trois enfants Darwish pourchassent les écureuils et se livrent à une bataille de neige fraîche. Bien emmitouflée, leur maman Marwa est tout sourire au bras de son mari, Feras, qui avance dans le sentier le manteau détaché et sans couvre-chef, rappelant qu’après tout ce qu’il a vécu ces dernières années, le froid ne peut tout simplement pas être considéré comme une épreuve.

Depuis son arrivée à l’aéroport Trudeau mardi soir dernier, la famille Darwish ne tarit pas de mercis, un mot français qu’elle connaît bien maintenant. Merci aux agents des douanes, merci aux membres du groupe de parrainage et à leurs familles, merci au responsable de la coopérative où ils ont leur logis dans Hochelaga-Maisonneuve. « Merci au Canada et à tous ses habitants. On les aime », ne cesse-t-il de répéter, ouvrant tout grand ses yeux expressifs.

La lune de miel avec le Québec ne fait que commencer. « Encore cette nuit, Marwa ne m’a pas laissé dormir, lance Feras avec un air taquin. Elle se réveille en pleurant, en me demandant si on rêve. » Après l’émouvante rencontre à l’aéroport de mardi, deux des marraines du groupe, Rafaëlle Sinave et Maude Ménard-Dunn, ont séparé bagages et famille dans deux voitures pour les accompagner jusqu’à leur maison et leur remettre les clés.

La porte s’est ouverte sur un coquet et chaleureux appartement tout meublé, et un frigo bien rempli. Sous l’oeil amusé des marraines et des quelques amis venus donner un coup de main, les trois enfants ont vite repéré leurs chambres. Surexcité, l’aîné, Adel, qui ouvrait frénétiquement les portes des garde-robes, a crié de joie en découvrant des vélos. Tandis que Sara, 10 ans, sautait à côté de son lit, la petite Batoul, 7 ans, a refermé derrière elle la porte de sa chambre rose princesse, comme pour protéger les quelques jouets et poupées qui s’y trouvaient. Cela fait des mois que les Darwish vivent et dorment dans des appartements de moins de deux pièces. Que chacun ait sa chambre est en soi un véritable luxe.

« Bonyeu, donne-moé une job ! »

Lorsque Maude est allée déjeuner chez les Darwish le lendemain, la radio était allumée à un poste francophone quelconque et les enfants dansaient au son de Bonyeu donne-moé une job des Colocs. « C’était vraiment drôle », a dit Maude, l’air de dire « ça ne s’invente pas ». Endormis sur le divan, Tom et Boos jouaient très bien leur rôle de chat et chacun des Darwish vaquait à ses occupations, le plus normalement du monde. « Ils avaient déjà commencé à mettre l’appartement à leur main. » Sur la table au milieu des victuailles trônait une pinte de lait en carton percée avec un couteau… Comment, en effet, ouvrir un contenant qu’on n’a jamais vu ?

Mille et une questions

Les premiers jours, voire heures, sont ainsi une série d’apprentissages et d’adaptations, tantôt cruciaux, tantôt cocasses. Les Darwish avaient mille questions. Marwa a voulu se faire expliquer comment fonctionnait le four avec de drôles de ronds en spirale ou cet appareil que l’on nomme ici « sécheuse ». Quant à Feras, il s’enquérait de la valeur des choses, du salaire moyen. Après quelques jours, il s’étonne toujours du caractère paisible de la ville, de voir que la police ne l’arrête pas à tous les coins de rue. Il s’étonne aussi de constater que les journaux et les médias jouissent encore d’une crédibilité et ne sont pas des véhicules de propagande de l’État. « En Syrie, quand tu vois quelqu’un se promener avec un journal sous le bras, c’est qu’il va laver des vitres », lance-t-il.

En attendant d’inscrire ses enfants à l’école et de commencer la francisation, ce père de famille caresse le rêve de devenir pompier pour pouvoir, à son tour, « sauver des gens ». Il y a un an, lui a rappelé Facebook, il écrivait sur son profil que la situation était complètement « folle [crazy] » à Alep, alors que les bombes et les tirs d’obus pleuvaient de partout. À son arrivée à Montréal, cette fois sous une pluie de flocons, c’est un tout autre message qu’il a écrit. « Merci de nous donner une deuxième chance dans la vie. » Si la gratitude avait un visage, elle aurait celui de Feras Darwish.

Appelez-le maintenant Bernard «Trump» Gauthier

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Emy-Jane Déry

Le Journal a sillonné la Côte-Nord où le nouveau chef de parti est une vedette

 HAVRE-SAINT-PIERRE  |  Les gens de la Côte-Nord le surnomment désormais Bernard Trump. Le langage cru et les positions contre l’élite du célèbre syndicaliste sont en train de séduire.
Les travailleurs du local 791 de la FTQ-Construction à Sept-Îles appuient Rambo dans ses projets politiques. De gauche à droite, Christian Bouchard, Ken Richard, Bernard Gauthier, Marc Bérubé, Vital Bujold et Sébastien Labonté. «Il se bat avec son cœur et ses tripes, ça va faire changement des fameux bandits à cravate», explique le syndicaliste Dorima Aubut entre deux bouchées de crevettes nordiques.
«Il dit les vraies choses de la bonne manière. Avec notre Bernard Trump, la game ne sera pas pareille», ajoute Marc Petitpas, un opérateur de machinerie.
Le Journal a parcouru le pays de Rambo, de Tadoussac à Havre-Saint-Pierre, pour discuter avec les citoyens des circonscriptions de René-Lévesque et de Duplessis, où il représente maintenant le parti Citoyens au pouvoir.
Depuis que Bernard Gauthier a annoncé qu’il prenait la tête de Citoyens au pouvoir, mardi, près de 70 personnes désirant porter ses couleurs dans différentes circonscriptions de la province ont soumis leur candidature au parti. Des comtés près de Québec et de Montréal sont du lot, selon l’organisation.
Mais l’homme aux propos controversés, au sujet des immigrants entre autres, a aussi ses détracteurs dans la région. Le long de la route 138, qui borde le fleuve, plusieurs personnes ont refusé de commenter l’arrivée de Rambo en politique, estimant qu’il s’agit d’un «terrain glissant».
Jeudi, Bernard Gauthier était attablé avec une dizaine d’autres syndicalistes dans un petit restaurant de Havre-Saint-Pierre, où il a même pris quelquesselfies avec des admirateurs.
Faire entrer les libéraux
Certains de ses compatriotes arrivaient de Montréal pour venir rencontrer des travailleurs du chantier de la Romaine. Tout le monde savourait un authentique repas de fruits de mer, et les projets politiques de Rambo étaient sur toutes les lèvres.
«Son franc-parler, c’est sa force. Il ne parle pas en politicien, il parle des vraies affaires, de ce qui se passe vraiment», renchérit Dorima Aubut.
Un des partisans de Rambo, Yvon Petitpas, se réjouit de l’impact qu’il pourrait avoir sur le vote aux prochaines élections provinciales.
Il estime qu’en allant chercher des votes péquistes, il pourrait au moins permettre aux libéraux d’accéder au pouvoir dans le comté péquiste depuis 1976.
«Le PQ n’a jamais fait de barrage, mais Rambo, il nous aiderait à reprendre le contrôle en laissant une chance aux libéraux, question qu’on soit enfin représentés par le parti majoritaire», dit celui qui espère que Gauthier réussira à entraîner des projets de développements économiques dans son village, de la même manière qu’il a su faire travailler «son monde» comme représentant syndical.

L’ENGOUEMENT SURPREND LE SYNDICALISTE

Bernard Gauthier est lui-même étonné de l’enthousiasme des gens face à son arrivée en politique.
«Il y a une couple d’années, je n’aurais jamais pensé me ramasser là. On faisait notre petite affaire au niveau régional, mais que ça s’étende dans la province? Je n’y aurais jamais cru», admet Bernard Gauthier qui, à 51 ans, a décidé de faire le grand saut en politique.
«Et là, nous sommes rendus avec une liste d’attente de candidats qui veulent se présenter dans des circonscriptions, c’est capoté», poursuit le nouveau chef du parti Citoyen au pouvoir.
«Certains disent: “J’adhère au parti, mais ce n’est pas pour le parti, c’est pour toi.” C’est «fucké» un peu, ça. Tu ne me connais pas, pourquoi tu dis ça?» a questionné Rambo Gauthier, qui dit apprivoiser sa nouvelle réalité de politicien au jour le jour.

La députée attaquée sur les réseaux sociaux

La députée péquiste de la circonscription de Duplessis, Lorraine Richard, a été la cible de propos menaçants de la part de partisans de Rambo par Facebook et par courriel, au point où elle a songé à porter plainte.
«Ça n’arrêtera pas, j’en suis convaincue. Je sais que ça va prendre de l’ampleur, parce qu’il allume une poudrière», estime Mme Richard, élue depuis 2003.
Son équipe et elle ont finalement décidé d’attendre de voir comment les choses vont évoluer avant de porter plainte.
«Je n’ai pas peur de Bernard Gauthier, ajoute-t-elle. Je ne suis pas une personne qui se fait intimider facilement et je n’ai jamais eu peur d’aller au front. Mais il y a des limites. J’ai une famille, moi, des amis. Je peux vous dire que quand ils ont vu ces choses, ils étaient horrifiés.»
Mais même si elle a déjà été surnommée «la plante verte» par son nouveau rival Bernard Gauthier, celle qui est présentement leur députée n’entend pas se laisser abattre par l’arrivée du coloré personnage.
«S’il veut me traiter de plante verte, qu’il le fasse, mais je suis une plante qui a des piquants et qui brasse pas mal», dit-elle.

Le responsable de la mosquée inquiet

Originaire de Tunisie, Tahar Ben Rouine est responsable de la mosquée. Il habite la région depuis une trentaine d’années et opère un service de traiteur.
SEPT-ÎLES  |  Le responsable de la mosquée de Sept-Îles s’inquiète de l’impact que pourrait avoir sur la tolérance de la population le discours peu favorable à l’immigration tenu par Bernard Gauthier.
«Nous sommes le monde de chez lui, qu’il le veuille ou non. Nous avons notre statut, nous sommes des citoyens à part entière», exprime Tahar Ben Rouine, un Tunisien d’origine installé à Sept-Îles depuis une trentaine d’années.
«S’il ne veut pas nous voir la face ou autre chose, ça lui appartient. Moi, personnellement je n’attends pas après lui pour qu’il m’embauche quelque part», dit-il.
Dans la foulée de l’arrivée des immigrants syriens durant la dernière année, Rambo Gauthier a répété à maintes reprises sur la place publique qu’il fallait selon lui d’abord aider les gens dans le besoin.
«Moé sauver des étrangers au détriment des miens, ben y’en est crissement pas question! On est assez dans marde comme ça pour en rajouter!» avait-il entre autres écrit sur sa page Facebook.
De son côté, M. Rouine essaie de mettre sur pied une mosquée à Sept-Îles depuis 2014.
Il a déjà subi du vandalisme à plusieurs reprises sur son bâtiment. Il y a environ un mois, des individus ont réussi à entrer et ont tout saccagé au passage. Dans ce contexte, M. Rouine se dit préoccupé face à l’arrivée de Rambo Gauthier au sein de la joute politique de son comté.
«Oui, ça m’inquiète, mais ce que je prêche, c’est la tolérance, l’amour et l’amitié», souligne M. Rouine.
Bernard Gauthier assure pour sa part n’avoir rien contre les immigrants en général.
«Je suis seulement contre les gouvernements qui en font venir en masse uniquement pour aller se chercher des votes», commente-t-il. 

Il reflète notre réalité, dit un père de famille

Guy Jomphe d'Havre-St-Pierre travaille à la mine QIT Fer et Titane où des mises à pied ont eu lieu dernièrement et il donnera son vote è Bernard Gauthier parce qu'il croit qu'il est la solution aux problèmes d'emplois dans la région. Photo : Emy-Jane Déry
Le discours de Rambo Gauthier semble trouver écho chez plusieurs pères de famille de la Côte-Nord.
C’est le cas de Guy Jomphe, qui travaille à la mine QIT Fer et Titane de Havre-Saint-Pierre, où les mises à pied sont fréquentes.
«Quand il parle, c’est notre réalité à nous qu’il reflète et son discours vient nous chercher», explique-t-il.
Le travailleur croit que Bernard Gauthier pourrait améliorer la situation d’emploi, qui est précaire dans sa région. Le représentant syndical milite depuis longtemps pour faire en sorte que les entrepreneurs soient tenus d’engager 80 % de main-d’œuvre locale sur les chantiers nord-côtiers.
«On est tannés de toujours devoir se battre pour pouvoir travailler chez nous et aussi contre la centralisation des services. C’est certain que Bernard peut apporter quelque chose là-dedans», souligne M. Jomphe.

Toute la Côte-Nord touchée par la vague Rambo

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La circonscription voisine veut un candidat de la trempe de Bernard Gauthier




BAIE-COMEAU | Pourrait-il y avoir une vague Rambo Gauthier sur toute la Côte-Nord? Oui, selon des dizaines de citoyens rencontrés par Le Journal. Ses partisans le comparent même au syndicaliste bien connu Michel Chartrand.
André Tremblay, propriétaire de l'auberge de jeunesse de Tadoussac, soutient que les régions se vident. Le mécontentement est palpable sur la Côte-Nord, que Le Journal a parcourue de Tadoussac à Havre-Saint-Pierre, et la proposition de Bernard Gauthier semble arriver à point pour les citoyens désabusés de la politique provinciale.
Dans la circonscription voisine de Duplessis, René-Lévesque, les gens sont également tannés de l’élite politique et désirent que les choses changent, que «ça brasse». Ils ont été nombreux à avouer qu’ils voteraient eux aussi pour un homme de la trempe de Rambo.
«Dans ma vie, je n’ai jamais sacré autant. J’ai versé des larmes. Quand je vois Couillard et Coderre ensemble, ça me met dans tous mes états», avoue Hélène Leblanc, col blanc à Baie-Comeau.
«Ça va m’embêter parce que [la candidature de Rambo] va diviser le vote. Quelqu’un qui vient me parler de cette manière-là, oui je voterais pour lui. Il n’a pas nécessairement le fini et le langage d’un premier ministre, mais il a de bonnes idées», souligne-t-elle.
« Écœurée »
Mme Leblanc, rencontrée dans son bureau de l’hôtel de ville, dit n’avoir jamais été à ce point écœurée d’un parti qui était au pouvoir à Québec.
Elle n’en peut plus de voir les grands centres toujours l’emporter sur les régions. Elle a perdu confiance et croit qu’une vague Rambo pourrait souffler sur la Côte-Nord.
«J’espère qu’il y en aura un gars comme Rambo qui va se présenter ici», lance-t-elle.
Chaque fois que Le Journal s’est arrêté dans un village et est entré dans un établissement, le nom de Rambo était sur toutes les lèvres. Les opinions sont tranchées, mais partout, il est comparé au célèbre syndicaliste Michel Chartrand.
«Il veut vraiment défendre les droits des travailleurs et les citoyens. Je le compare à Michel Chartrand, mentionne Marie-Ève Paquet, croisée au centre-ville. «Il n’a pas la même galanterie. Mais, il a une grande gueule et il veut défendre les gens. C’est un simple citoyen et son langage est le même que le mien», poursuit-elle.

CERTAINS LE TROUVENT RIDICULE, D’AUTRES L’ADMIRENT

FORESTVILLE | Au Bar Le Blaquière, cinq gars sont attablés avec leur grosse Molson en plein jeudi après-midi.
L’arrivée de Rambo Gauthier en politique suscite de vifs débats depuis le début de la semaine dans la petite ville.
Dans le bar, la plupart sont retraités ou ont été victimes d’accidents de travail. Les carrières sont rudes en région, souligne Cyrille Tremblay dit «le Coq», un débroussailleur de carrière.
«Ce gars-là, il aurait mon vote. Il défend ses convictions. Il va dans la bonne direction», indique l’homme de 62 ans.
Tout juste devant lui, Bernard Foster, 70 ans, a été camionneur toute sa vie et a vu sa région dépérir avec les années en raison de la fermeture des silos à bois. Rambo, pour lui, c’est l’espoir pour «enlever la crasse qu’il y a au gouvernement à l’heure actuelle».
«Ça nous en prendrait un beau paquet comme lui. Ça en prendrait 125, dit-il. Même si son parti n’a pas d’avenir, je voterais pour Rambo. On veut des Rambo à l’Assemblée nationale. C’est un homme honnête, qui est vrai. Ce qu’il dit, il le pense».
Forestville se trouve dans la circonscription «bleue» de René-Lévesque, qui a voté pour le PQ depuis 20 ans. «Les gens disent ici que tu pourrais peindre un cochon en bleu et il serait élu», ricane un homme qui n’a pas voulu être identifié.
« Pas respecté »
Il a un discours différent sur Rambo. Il pense «qu’il n’est pas respecté, qu’il n’a pas de crédibilité, qu’il est ridicule».
La prestation de Bernard Rambo Gauthier lors de la commission Charbonneau a cependant plu énormément aux citoyens de la Côte-Nord. «Les gens ont parlé de lui comme un sauveur», relate l’homme. Ce n’est toutefois pas assez, selon plusieurs. «En réalité, il n’a pas de pouvoir à cause de la CCQ. Tout ce qu’il a, c’est sa façon de parler avec des «esti de caliss» et la commission Charbonneau, ajoute l’homme. Il n’a même pas d’équipe ni de programme.»
Cependant, tous les Forestvillois autour de cette table donnaient raison à Rambo en ce qui a trait aux problèmes que vit la région.

ILS SE SENTENT ABANDONNÉS ET LES VILLES SE VIDENT

BAIE-COMEAU | Les propos de Bernard Gauthier résonnent fort sur la Côte-Nord, où la population se sent abandonnée au profit des grandes villes et finit par s’exiler.
«Il dit que la Côte-Nord est oubliée et il a raison», soutient Mona Brochu, rencontrée à l’hôtel de ville, mais qui hésiterait cependant à voter pour lui. Il n’est peut-être pas le bon véhicule pour passer le message, croit-elle cependant.
La Ville de Baie-Comeau a une économie diversifiée. Mais, après les grands projets des années 1970 qui ont fait croître la population de 7000 habitants à 27 000 habitants, la ville doit se battre chaque jour pour obtenir du gouvernement du Québec et des grandes sociétés d’État des contrats pour les entreprises locales.
«Ça prend des mois seulement pour faire venir deux ministres ici», relate le maire Claude Martel qui a vu sa population régresser sous les 22 000 résidents dans les dernières années.
«Aujourd’hui, les projets se font chez nous, mais on a de la difficulté à faire travailler nos gens», explique le maire. Partout sur la Côte-Nord, les gros entrepreneurs débarquent avec leurs propres employés. C’est contre ça que Rambo Gauthier s’est battu et se bat, disent ses partisans, mais aussi les élus.
Au sud aussi
Une préoccupation qui traverse la Côte-Nord. «Les régions, nous sommes abandonnés. Nous sommes un poids lourd pour les métropoles. Ça sort à vitesse, raconte André Tremblay de Tadoussac, un petit village vivant du tourisme saisonnier. Ils n’ont plus besoin des régions. Elles sont vouées à une mort certaine. On est sur un respirateur artificiel actuellement.»
«Toutes les politiques sont faites en fonction des grandes villes, souligne celui qui est serveur durant la haute saison. Même les gens qui ont des diplômes doivent cumuler trois emplois pour arriver ici».
L’adoption du projet de loi 110 sur le régime de négociation des conventions collectives et de règlement des différends dans le secteur municipal a laissé un goût très amer aux résidents de la Côte-Nord.
Selon les Baie-Comois, ce ne sont que Montréal et Québec qui gagnent

Hydrocarbures: les libéraux suspendent les règles pour faire adopter leur loi

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Publié le 10 décembre 2016 à 07h27 | Mis à jour à 07h27
Le premier ministre Philippe Couillard... (PHOTO Jacques Boissinot, PC)
Le premier ministre Philippe Couillard
PHOTO JACQUES BOISSINOT, PC
PATRICE BERGERON
La Presse Canadienne
QUÉBEC
Le projet de loi sur les hydrocarbures a finalement été adopté à Québec, plus de 13 heures après qu'ait été amorcée la procédure de bâillon par le gouvernement Couillard pour forcer son adoption.
Les députés ont procédé au vote vers 4 h 45 samedi matin: 62 députés ont voté pour son adoption alors que 38 députés ont voté contre. Il n'y a eu aucune abstention.
Les travaux de l'Assemblée nationale ont été ajournés jusqu'au mardi 7 février 2017.
Le gouvernement Couillard avait suspendu les règles habituelles de la démocratie parlementaire, vendredi après-midi, pour faire adopter de force son projet de loi sur les hydrocarbures.
En vertu de la procédure de bâillon, les députés ont débattu du volumineux projet de loi 106, qui comprend près de 400 articles, en commission plénière toute la soirée et toute la nuit. Ils ont cependant eu un petit répit puisqu'un peu avant minuit, le président de l'Assemblée a décidé de suspendre les travaux pour une durée de deux heures.

Les traits tirés, ils ont entamé la prise en considération du rapport et l'adoption du projet de loi bien avant l'aube samedi matin.
Après 140 heures d'étude en commission parlementaire, les libéraux ont plaidé que les délibérations avaient assez duré et qu'il y avait urgence de mettre en place les outils législatifs de mise en oeuvre de la politique énergétique 2030. Le texte législatif accorde notamment un droit d'expropriation aux entreprises pétrolières et n'encadre aucunement la fracturation hydraulique.
Autant le Parti québécois que la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS) ont exprimé leur opposition au projet de loi et à cette procédure de bâillon. L'opposition péquiste a réclamé à de nombreuses reprises la scission du projet de loi, pour que la partie sur la transition énergétique soit adoptée rapidement et que la section sur les hydrocarbures soit étudiée plus amplement.
Le chef de l'opposition officielle a accusé le premier ministre Philippe Couillard d'être «dans le lit» des pétrolières qui ont confectionné sur mesure un projet de loi pour elles.
«Un cadeau écrit par le lobby pétrolier, a condamné Jean-François Lisée au cours de la période de questions en après-midi. Qu'est-ce qui motive le premier ministre à penser qu'il y a urgence à donner au lobby pétrolier des outils pour une industrie du XIXe siècle?»
Philippe Couillard a fait valoir que l'industrie pétrolière souhaite plutôt qu'il n'y ait pas d'encadrement, «qu'on laisse le monde du Far West, qu'on puisse faire ce qu'on veut».
Le chef péquiste a rappelé la longue liste des opposants au projet de loi, dont un grand nombre de municipalités, qui déplorent l'invasion de leur territoire parce que les permis accordés prévaudront sur leurs schémas d'aménagement.
Au débat restreint sur le projet de loi en fin d'après-midi, M. Lisée a soutenu qu'il s'agissait d'un cheval de Troie qui sous couvert de mesures de transition énergétique accorde des faveurs aux pétrolières. Il s'est engagé à abolir le chapitre sur les hydrocarbures s'il est porté au pouvoir en 2018.
Le premier ministre a quant à lui argué que l'encadrement était «serré» et que les municipalités allaient pouvoir fixer des zones d'exclusion.
Son ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, qui pilote le projet de loi, a pour sa part affirmé qu'il n'avait «pas le choix» et que le projet de loi était «absolument nécessaire». Le ministre a fait l'étalage des nombreuses mesures qu'il comporte, notamment:
- la hausse des amendes prévues en cas d'infractions;
- les plans de restauration des puits d'hydrocarbures;
- les activités des pétrolières qui seront soumises au marché du carbone;
- le paiement de redevances par les entreprises;
- les comités de suivi auxquels les municipalités participeront.
Pierre Arcand a par ailleurs balayé les critiques comme étant «purement idéologiques».
Son vis-à-vis, le porte-parole péquiste en matière de ressources naturelles, le député Sylvain Rochon, a déclaré que «le Parti libéral ne sait plus avoir de grand rendez-vous avec l'histoire», à preuve ce projet de loi qui est un «laissez-passer» pour l'expropriation et la fracturation hydraulique.
De son côté, Québec solidaire a carrément annoncé au début de la procédure que la formation n'allait pas participer aux délibérations. «La population dit non, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement s'entête, alors je ne participerai pas à cette mascarade», a déclaré la députée Manon Massé, avant de sortir de la Chambre pour aller manifester avec des citoyens devant le parlement. Mme Massé a toutefois participé au vote peu avant 4 h 45 samedi matin, s'affichant contre, afin de manifester l'opposition de son parti à ce projet de loi.
De son côté, la députée caquiste Chantal Soucy a déclaré que ce projet de loi démontrait une fois de plus «l'arrogance» du gouvernement libéral.
«Le gouvernement se sert de sa majorité pour nous enfoncer dans la gorge ce projet de loi fourre-tout», a-t-elle dit en accusant aussi le PQ de s'être livré à de l'obstruction, ce qui aurait mené à l'imposition du bâillon, selon elle.
L'Union des municipalités du Québec (UMQ) et la Fédération des municipalités du Québec (FQM) ont exprimé leurs préoccupations sur ces enjeux.
La FQM demande d'ailleurs un moratoire de cinq ans sur la fracturation hydraulique. Elle s'inquiète aussi du droit d'expropriation qui est attribué aux entreprises gazières et pétrolières.
L'Union des producteurs agricoles réclame pour sa part de soustraire les zones agricoles des activités liées aux hydrocarbures.
De même, l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador s'oppose au projet de loi. Elle estime qu'il contrevient à l'obligation constitutionnelle de consultation et d'accommodement qui affirme que tout projet de loi sur l'exploitation du territoire et des ressources naturelles devrait prévoir la nécessité d'obtenir le consentement des peuples autochtones.