Les 21 lycéennes de Chibok libérées de Boko Haram racontent leur détention

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Publié le 17 octobre 2016 à 06h47 | Mis à jour à 06h47
Les familles des filles libérées par Boko Haram... (Photo Olamikan Gbemiga, Associated Press)
Les familles des filles libérées par Boko Haram ont célébré leur retour, hier.PHOTO OLAMIKAN GBEMIGA, ASSOCIATED PRESS
Agence France-Presse
Abuja
Les 21 lycéennes de Chibok, libérées après plus de deux ans entre les mains de la secte islamiste nigériane Boko Haram, ont retrouvé leur famille dimanche à Abuja et raconté leur difficile condition de détention.
Lors d'une cérémonie religieuse tenue en leur honneur, Gloria Dame, l'une d'elles, a expliqué qu'elles avaient vécu pendant un mois et dix jours sans nourriture avant d'être libérées, et qu'une bombe de l'armée nigériane les avait presque atteintes.
«Nous remercions Dieu de nous avoir réunis aujourd'hui. J'étais dans la forêt quand un avion a lancé une bombe juste à côté de moi, mais je n'ai pas été blessée», a-t-elle raconté, visiblement très émue et très affaiblie par la faim.
«Nous n'avions pas de nourriture pendant un mois et dix jours, mais nous ne sommes pas mortes, Dieu merci».
La jeune femme a raconté leur histoire en langue hausa, lors d'une cérémonie religieuse chrétienne, organisée par les services de sécurité nigérians (DSS), qui sont à l'origine de leur libération, après des négociations avec les islamistes de Boko Haram.
Converties à l'islam après leur capture, comme l'avait affirmé sur une vidéo le leader du groupe Abubakar Shekau, les lycéennes de Chibok, en majorité chrétiennes, n'ont pas «pu prier comme elles peuvent le faire aujourd'hui», a raconté Gloria Dame.
La cérémonie a été interrompue soudainement lorsque les parents des jeunes filles, capturées en avril 2014, sont arrivés en pleurs, les prenant dans les bras.
«Nous pouvons tous voir l'émotion et la joie des parents», a déclaré le ministre de l'Information Lai Mohamed dans son discours de clôture.
Il a ajouté que «les négociations (avec Boko Haram) ne sont pas finies tant que toutes les filles n'ont pas été libérées».
«Les négociations sont toujours en cours à l'heure où l'on parle. Bientôt d'autres, bien plus, seront libérées», a assuré le ministre.
Contacté par l'AFP, Garba Shehu, le porte-parole de la présidence, a révélé que «le groupe affirme que 83 autres jeunes filles seraient libérables sous négociation», soulignant qu'elles ne sont pas aux mains de la faction d'Abubakar Shekau, mais de son rival Mamman Nur.
«La faction de Mamman Nur a indiqué sa volonté de libérer des lycéennes», a indiqué le porte-parole.
Cette libération arrive alors que Boko Haram est extrêmement divisé. En août, le groupe Etat islamique, à qui Boko Haram a prêté allégeance, avait désigné un nouveau chef de l'organisation pour l'Afrique de l'Ouest en la personne d'Abou Mosab Al Barnaoui, proche de Mamman Nur.
Au lendemain de cette annonce, Shekau avait posté une vidéo sur YouTube affirmant qu'il détenait les jeunes filles, mais n'en avait montré que quelques-unes en images, affirmant que les autres avaient été tuées par des raids aériens de l'armée.
Le cas des plus de 200 lycéennes de Chibok, enlevées en avril 2014, était un des points forts de campagne du candidat Muhammadu Buhari élu en mai 2015 et elles sont devenues le symbole de l'insurrection qui ravage le nord-est du Nigeria.
Relayé par les médias du monde entier, cet enlèvement de masse avait provoqué une vague d'indignation internationale, notamment sur Twitter sous le hashtag Brinbackourgirls («Ramenez-nous nos filles»), relayé jusqu'à la Maison-Blanche par la première Dame Michelle Obama.
Les 21 lycéennes ont été échangées contre quatre combattants de Boko Haram dans la ville de Banki, à la frontière du Cameroun, selon des sources locales, mais le ministre de l'Information a été catégorique: «Ce n'était pas un échange».
L'insurrection de Boko Haram a fait plus de 20 000 morts, 2,6 millions de déplacés depuis 2009, et des milliers de personnes sont toujours entre les mains du groupe.
Le nord-est du Nigeria reste relativement inaccessible à cause du confit et connait une crise alimentaire sans précédent. 60 000 enfants pourraient mourir de faim d'ici la fin de l'année, selon l'ONU.

Justin Trudeau: quel bilan après un an de pouvoir?

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Publié le 16 octobre 2016 à 14h46 | Mis à jour le 16 octobre 2016 à 14h52
Justin Trudeau a séduit le grand public dès... (La Presse canadienne)
Justin Trudeau a séduit le grand public dès son élection, le 19 octobre 2015.LA PRESSE CANADIENNE
MICHEL COMTE
Agence France-Presse
Ottawa
Un an après son élection comme premier ministre du Canada, Justin Trudeau a insufflé une bonne dose d'optimisme et projeté à l'étranger l'image d'un pays moderne et accueillant.
Depuis son élection le 19 octobre 2015, Justin Trudeau s'est posé en rassembleur dans un pays divisé après une décennie de politiques conservatrices clivantes.
Il a proclamé «le retour du Canada» sur la scène internationale, renouant avec le multilatéralisme traditionnel abandonné par Stephen Harper.
Premier geste d'éclat, le premier ministre libéral a accueilli à l'aéroport en décembre 2015 les premiers des 31 000 réfugiés syriens devant venir au Canada, leur distribuant manteaux et bonnets.
Multipliant les sommets, il a séduit le grand public. À Paris, M. Trudeau a présenté un Canada plus vertueux pour défendre l'accord sur le climat. Partout, le chef du gouvernement plaide pour l'obtention d'un siège non permanent au conseil de sécurité de l'ONU. Il va aussi mettre 600 soldats à la disposition des opérations de maintien de la paix des Nations unies.
Sur le plan intérieur, au nom de la défense des intérêts de la classe moyenne, promesse centrale de sa campagne, Justin Trudeau mène une relance budgétaire pour stimuler une économie poussive, quitte à creuser le déficit des finances publiques.
Fils de l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau (en poste de 1968 à 1979, puis de 1980 à 1984), une des plus importantes figures politiques du XXe siècle au Canada, le dirigeant libéral a également fait de la réconciliation avec les peuples autochtones, victimes de discrimination, une grande priorité, au même titre que sa défense des droits individuels, notamment des membres de la communauté LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres).
Les grands de ce monde, du président américain Barack Obama au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, ont salué l'action de Justin Trudeau, tandis que les Canadiens sont sous le charme de cet homme au style décontracté, multipliant les bains de foule et les égoportraits.
Lune de miel
Un an après son élection, la lune de miel perdure: 65 % des Canadiens approuvent sa gestion personnelle du gouvernement.
«Le courant passe entre la population et ce gouvernement», observe Pierre Gerlier Forest, professeur à l'université de Calgary. «Ses valeurs reflètent bien ce que les gens attendent des politiciens.»
«Une partie de son attrait personnel vient de sa facilité à entrer en contact avec tout un chacun», explique M. Forest. «Il a ce que j'appelle "le facteur Hollywood". Après quelques minutes, l'ensemble de la salle gravite autour de lui.»
Mais le risque avec la culture de la célébrité en politique, c'est que le style prime sur la substance, soulignent de nombreux observateurs.
«Plus nous parlons de leur apparence et de leurs habitudes personnelles, moins nous parlons des politiques du gouvernement», dit Alex Marland, politologue à l'université Memorial de Saint-Jean de Terre-Neuve, à propos de Justin Trudeau et de son épouse, Sophie Grégoire Trudeau.
«Il est le seul dirigeant libéral sur la scène mondiale», souligne Duff Conacher, cofondateur du groupe de pression canadien Democracy Watch, soulignant le contraste entre les appels de Trudeau à «l'acceptation de l'autre» et la montée du populisme protectionniste et anti-immigration en Europe et aux États-Unis.
Depuis un an, Justin Trudeau détricote et remplace les politiques du précédent gouvernement conservateur.
«Forcément, lorsqu'il se présente sur la scène internationale, il a plus de résonance et fait plus les manchettes parce que cela fait suite à 10 ans de politiques diamétralement opposées», dit M. Conacher.
Et puis le choix d'une voix d'ouverture dans le monde actuel est restreint.
«C'est difficile de trouver [le président français] François Hollande très inspirant, comme [le chef du gouvernement] Mariano Rajoy en Espagne, ou encore [la première ministre] Theresa May au Royaume-Uni, ou même [la candidate démocrate à la présidentielle américaine] Hillary Clinton. Obama est sur le départ, et les gens auront bientôt du mal à nommer un leader inspirant sur la scène mondiale», souligne M. Forest.
«Le monde a donc besoin d'un Trudeau pour faire entendre une forte voix libérale et contrebalancer la montée de la droite», conclut-il.

Les grands dossiers

Environnement
Élu sans avoir présenté d'objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), le gouvernement Trudeau a ratifié la COP21 (qui vise à contenir le réchauffement sous le seuil de 2 °C par rapport au niveau préindustriel) le 5 octobre, en ayant décidé quelques jours plus tôt une taxe progressive sur le carbone. Sensible à l'environnement, M. Trudeau veut toutefois permettre la construction d'oléoducs pour exporter le pétrole des sables bitumineux, quitte à alourdir sensiblement le bilan carbone du Canada. Incapable de fédérer toutes les provinces, le gouvernement Trudeau va suivre les cibles de réduction de 30 % des GES d'ici 2030 (par rapport à 2005) fixées par le précédent gouvernement conservateur. Jugé insuffisant par les écologistes, cet objectif est qualifié d'irréaliste par les experts.
Lutte contre le groupe État islamique
Après avoir retiré les chasseurs-bombardiers canadiens de la campagne contre le groupe djihadiste État islamique (EI) dirigée par les États-Unis, conformément à son engagement de campagne, Justin Trudeau a triplé le contingent de forces spéciales déployées en Irak, de 70 à quelque 200. Ces soldats d'élite, très régulièrement engagés sur la ligne de front, sont appuyés par quatre hélicoptères tactiques dépêchés par son gouvernement, qui a en outre financé un hôpital de campagne au Kurdistan irakien et accru son aide humanitaire envers cette région.
Réfugiés syriens
La photo du petit Syrien Aylan Kurdi, 3 ans, gisant mort sur une plage turque avait ému le Canada comme le reste du monde en septembre 2015. Alors en pleine campagne électorale, M. Trudeau s'était engagé à accueillir 25 000 réfugiés syriens dès son élection. Marquant le réengagement du Canada sur la scène internationale, un pont aérien est mis en place pour acheminer ces réfugiés. À ce stade, 31 000 Syriens ont trouvé asile au Canada, venant contribuer au nombre record d'immigrants accueillis entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2016: 320 000 personnes. Du jamais vu en un siècle.
Réconciliation avec les autochtones
Amérindiens, Inuits et Métis représentent 4,3 % de la population canadienne, mais vivent trop souvent dans des conditions précaires. C'est pour répondre à leurs besoins en éducation, infrastructures et logements que le gouvernement Trudeau a promis d'injecter 8,4 milliards $ sur cinq ans. Le gouvernement a surtout lancé une enquête sur les 1200 meurtres et disparitions de femmes autochtones non élucidés depuis 30 ans, ce que refusait le précédent gouvernement. Geste fort et symbolique, Justin Trudeau a nommé une Amérindienne ministre de la Justice, une première.
Parité
Se qualifiant souvent de «féministe», M. Trudeau a constitué un gouvernement comprenant autant d'hommes que de femmes. Interrogé sur cette composition inédite, il avait répondu du tac au tac: «Parce qu'on est en 2015», une phrase rapidement devenue culte. Fervent défenseur des droits de la communauté LGBT, Justin Trudeau assiste depuis plusieurs années aux parades de la fierté gaie. Un projet de loi a été déposé pour reconnaître les droits des personnes transgenres. Le Canada s'est aussi engagé vers l'équité salariale dans la fonction publique.
Cannabis
Justin Trudeau, qui a reconnu avoir fumé «cinq ou six» fois du cannabis, avait promis de le légaliser dès son élection. Un an plus tard, un groupe d'experts dirigé par une ancienne vice-première ministre du Canada va présenter au gouvernement un cadre législatif et réglementaire pour la consommation et le commerce du cannabis. L'objectif est sa légalisation au printemps 2017. Ce serait alors le premier pays du G7 à le faire.

Lisée propose un candidat indépendant commun dans Verdun

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Publié le 16 octobre 2016 à 10h58 | Mis à jour le 16 octobre 2016 à 10h58
Jean-Francois Lisée... (Photo Olivier Jean, archives La Presse)
Jean-Francois LiséePHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE
(Victoriaville) Un candidat ni péquiste, ni solidaire - mais appuyé par le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) - qui siègerait comme indépendant à l'Assemblée nationale: c'est la solution proposée par Jean-François Lisée pour prendre Verdun.
Le nouveau chef péquiste a confirmé ce matin que selon un sondage qu'il a commandé, il pourrait s'agir d'une stratégie réaliste pour conquérir le bastion libéral du sud-ouest de l'île de Montréal.
«C'est une question de volonté politique», a dit M. Lisée à son arrivée au caucus spécial des députés qu'il a convoqué à Victoriaville. Leurs électeurs [de QS] souhaitent un candidat commun. Alors je leur demande de faire une pause, d'entendre la réalité.»
Selon une étude de la firme Repère Communication distribuée dimanche matin aux journalistes, les intentions de vote réunies du Parti québécois et de Québec solidaire talonnent celles des libéraux dans Verdun, avec 35 points contre 38 points.
La circonscription a été laissée vacante par la démission de l'ex-ministre libéral Jacques Daoust, à la fin de l'été.
L'éventuel député conjoint élu dans Verdun «siègerait comme indépendant», a souligné Jean-François Lisée. «On pourrait lui confier des dossiers qui sont conjoints, comme le salaire minimum à 15$. On pourrait décider que cette personne va porter ce dossier.»
Il «serait là jusqu'en 2018 et on verrait en 2018 si on aura une entente plus large».

Une campagne pour insister sur les dangers de la contrebande de tabac

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Publié le 17 octobre 2016 à 05h00 | Mis à jour à 05h00
Au Canada et ailleurs dans le monde, l'utilisation... (photo chris ratcliffe, archives bloomberg)
PHOTO CHRIS RATCLIFFE, ARCHIVES BLOOMBERG
Au Canada et ailleurs dans le monde, l'utilisation de groupes paravents est une tactique qui vise à donner un vernis de crédibilité aux arguments d'une industrie qui en possède très peu dans l'opinion publique.

Isabelle Hachey
ISABELLE HACHEY
La Presse
Imperial Tobacco Canada utilise des groupes comme l'Association canadienne des dépanneurs en alimentation (ACDA) et sa branche québécoise pour faire passer ses messages auprès du public et pour exercer des pressions sur les gouvernements, révèle un document interne du géant du tabac.
Le document, que La Presse a obtenu, décrit la stratégie d'Imperial Tobacco pour contrer les hausses de taxes et l'adoption de mesures antitabac en insistant sur les dangers que pose la contrebande de cigarettes au Canada.
Le document PowerPoint a été divulgué au début du mois d'octobre à des organismes canadiens de santé publique par un employé de la multinationale British American Tobacco, propriétaire à 100 % d'Imperial Tobacco Canada. Il s'agit de la stratégie de campagne de l'entreprise en matière de lutte contre la contrebande, présentée à la maison mère britannique en 2012.
Parmi les «voix» d'Imperial Tobacco Canada, on y retrouve l'ACDA et la Coalition nationale contre le tabac de contrebande (CNCTC). Ces deux organisations, soupçonnées depuis longtemps par les organismes de santé publique d'être des «groupes paravents» de l'industrie du tabac, refusent catégoriquement de dévoiler la proportion de leur budget provenant d'Imperial Tobacco.
«Les liens étaient bien connus, mais c'est la première fois qu'ils sont si clairement confirmés », dit Cynthia Callard, directrice générale de Médecins pour un Canada sans fumée. «Les preuves suggèrent fortement que l'ACDA et sa branche québécoise ont été mises sur pied et restent financées par Imperial Tobacco.»
L'ACDA et ses filiales régionales ont été créées il y a une dizaine d'années, au moment où le resserrement des lois antitabac - bannissement des commandites, interdiction de fumer dans les bars et les restaurants - poussait Imperial Tobacco à se tourner vers les dépanneurs pour défendre ses intérêts.
Une tactique qui n'est pas nouvelle
Au Canada et ailleurs dans le monde, l'utilisation de groupes paravents est une tactique qui vise à donner un vernis de crédibilité aux arguments d'une industrie qui en possède très peu dans l'opinion publique.
Imperial Tobacco nie toutefois utiliser l'ACDA et la CNCTC comme porte-voix. «On a une relation d'affaires très importante, mais est-ce qu'on a créé ces associations? Non. Elles représentent leurs membres, pas Imperial Tobacco», assure le directeur des communications externes de l'entreprise, Éric Gagnon. Il refuse de dévoiler l'ampleur du financement versé par l'entreprise à ces organisations.
«Nous ne sommes certainement pas un groupe paravent pour Imperial Tobacco», s'indigne le président sortant de l'ACDA, Alex Scholten. Il admet avoir discuté de contrebande avec Ie cigarettier pour «clarifier ses préoccupations» sur cet enjeu. L'ACDA a aussi mené une campagne contre la contrebande «étant donné l'ampleur des ventes illégales de tabac au Canada».
«Ces initiatives conjointes ne sont pas inhabituelles dans nos associations. Nous travaillons souvent avec divers manufacturiers et fournisseurs de notre industrie», dit M. Scholten.
La CNCTC, qui n'a pas de directeur ni de personnel, est gérée par une boîte de communication, Impact Affaires publiques. Mario Lavoie, un employé de la boîte, affirme qu'Imperial Tobacco est un membre de la coalition parmi d'autres, refusant de préciser quelle part de son budget lui verse le fabricant de tabac.
L'opposition financée par l'industrie
Depuis quelques semaines, l'industrie du tabac et ses alliés ont entamé une campagne contre l'emballage neutre des cigarettes, une mesure de santé publique adoptée par un nombre croissant de pays et promise par le gouvernement de Justin Trudeau.
La nouvelle campagne fait écho à celle qui a été menée au Royaume-Uni, où l'interdiction des marques et des logos est entrée en vigueur en mai dernier. Or, une récente étude britannique démontre que les trois quarts des individus et des organisations qui se sont opposés à cette mesure au Royaume-Uni avaient reçu un financement des fabricants de tabac. La majorité d'entre eux avait omis de divulguer ce lien financier.
«Un manque troublant de transparence empêche les gouvernements de détecter les intérêts en jeu et crée l'impression d'une large opposition à des politiques qui ont le potentiel de réduire le tabagisme», note la Dre Jenny Hatchard, auteure de l'étude publiée mardi dans le British Medical Journal (BMJ Open).
La codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, Flory Doucas, met en garde contre cette impression créée de toute pièce par les cigarettiers: «On pense que l'industrie du tabac n'a plus l'influence qu'elle avait jadis, mais on voit clairement qu'elle en a encore lorsqu'elle utilise des groupes façades.»
***
LE PROJET M & M
En 2012, Imperial Tobacco Canada a utilisé des municipalités pour faire pression sur le gouvernement du Québec. Par l'entremise de l'Association québécoise des dépanneurs en alimentation (AQDA), le fabricant de tabac a sollicité l'appui de dizaines de municipalités dans sa campagne contre la contrebande de cigarettes. Selon un document interne, Imperial Tobacco Canada a appelé cette stratégie le «Projet M & M» puisqu'il visait à «Mobiliser les Municipalités afin de pousser le gouvernement à l'action». L'AQDA s'est servie de l'appui qu'elle avait récolté auprès des villes contre la contrebande pour exiger... un gel des taxes provinciales sur les cigarettes. «Augmenter les taxes sur le tabac ne ferait qu'empirer le problème», lisait-on dans une publicité pleine page achetée dans Le Soleil, le 16 novembre 2012. «Les municipalités se sont vraiment fait avoir, estime Flory Doucas. Pour nous, il était déjà clair que l'AQDA était un groupe façade de l'industrie du tabac. Mais de voir Imperial Tobacco aussi intimement lié à ses campagnes, c'est un signal d'alarme.»

Trump en affaires avec «l'ennemi» chinois

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Publié le 17 octobre 2016 à 06h18 | Mis à jour à 06h18
Donald Trump... (AP)
Donald TrumpAP
BEN DOOLEY
Agence France-Presse
Donald Trump a fait de la Chine un épouvantail de sa campagne pour la Maison-Blanche, l'accusant de «voler» des emplois américains. Mais cela n'a pas empêché l'une de ses sociétés de négocier un lucratif partenariat avec un mastodonte étatique chinois, selon des sources concordantes.
Dans ses discours, le milliardaire accuse la Chine, «ennemie» de l'Amérique, de manipuler sa devise et promet d'engager une guerre commerciale à son encontre.
Mais son groupe Trump Hotel Collection (THC) n'en a pas moins cherché à conclure un accord avec le groupe énergétique State Grid Corporation --le plus gros groupe d'Etat chinois-- pour gérer un colossal projet immobilier avec hôtel de luxe dans l'est de Pékin, selon des sources au fait des négociations.
De quoi donner du grain à moudre à ceux qui mettent en doute la sincérité du discours politique de l'homme d'affaires, même si aucune infraction n'apparaît avoir été commise. Interrogée, son équipe de campagne n'a pas répondu aux questions de l'AFP.
Les pourparlers engagés en 2014 avec State Grid ont débouché sur un protocole d'accord en vue d'un contrat de 100 à 150 millions de dollars sur 15 ans, a indiqué à l'AFP Robby Qiu, ancien directeur des bureaux de Trump en Chine.
Les négociations ont été confirmées à l'AFP, sous couvert d'anonymat, par une autre source en ayant une connaissance approfondie.
THC, qui gère le portefeuille d'immobilier de luxe de l'homme d'affaires, est opérateur d'hôtels «Trump» et de golfs dans nombre de pays, du Panama à l'Azerbaïdjan en passant par l'Indonésie.
De son côté, State Grid est la deuxième entreprise mondiale en termes de chiffre d'affaires selon le classement Forbes Global 500, alimentant en électricité 1,1 milliard de Chinois. Elle est directement administrée par le gouvernement central et ses dirigeants - issus des hauts rangs du Parti communiste chinois (PCC) - sont nommés par Pékin.
Donald Trump et des membres de sa famille se sont montrés «enthousiasmés» à l'idée de décrocher un contrat avec State Grid, selon la source qui a requis l'anonymat.
Ne pas «supplier» les communistes
Cet enthousiasme cadre mal avec les violentes attaques antichinoises du candidat républicain --mais également avec ses propos antérieurs aux pourparlers.
Dès 2011, Trump qualifiait les dirigeants chinois «d'ennemis» des États-Unis: «Que dire d'autre de gens qui détruisent l'avenir de nos enfants, qui gâchent notre mode de vie?», écrivait-il. «Nous ne devons pas supplier les communistes pour quelques menus contrats».
Des négociations avec des groupes étroitement liés au gouvernement chinois se sont pourtant poursuivies plusieurs mois après l'entrée en campagne de Donald Trump, selon M. Qiu.
En juillet 2015, soit un mois après l'annonce de sa candidature, son entité appelée en chinois «Trump Business Group» à Shanghai cherchait à recruter deux employés ayant une expérience «des grands groupes étatiques», selon une offre consultée par l'AFP.
Le directeur général de THC, Eric Danziger, confiait en octobre 2015 au China Daily qu'il recherchait «activement» des projets à Pékin, Shanghai et Shenzhen (sud).
«Ce qui entache encore davantage sa réputation, c'est de travailler avec des émanations de l'État chinois après en avoir critiqué si violemment la politique», observe Derek Scissors, expert en relations sino-américaines à l'American Enterprise Institute.
Le milliardaire cherche à s'implanter dans la deuxième économie mondiale depuis au moins 2006, année où il entama le processus d'enregistrement de sa marque à Hong Kong et en Chine continentale.
Depuis, il a présidé et possédé au moins neuf sociétés entretenant des relations avec la Chine, selon des documents financiers transmis à la Commission électorale américaine, dont quatre enregistrées à New York pour un projet d'hôtel à Shenzhen.
«Notre intérêt reste entier»
Le premier contrat d'importance décroché par Trump en Chine fut en 2008 un accord avec le promoteur géant Evergrande et le groupe hongkongais Orient Property pour un complexe résidentiel à Canton - l'objectif affiché étant d'étendre ce partenariat à 10 projets chinois. Mais cette collaboration ne portera pas de fruits.
En 2012, la famille Trump relance ses efforts et ouvre un bureau au 25e étage d'un gratte-ciel de Shanghai. Une dizaine d'employés y sont recrutés pour trouver des partenaires locaux à THC.
M. Trump était alors déjà en relation avec des entreprises étatiques chinoises, dont ICBC, la plus grande banque chinoise dont le siège américain se trouve dans la Trump Tower à New York.
Avant sa candidature présidentielle, Donald Trump restait toutefois très peu connu en Chine. À quelques exceptions près, dont le président de State Grid à l'époque, Liu Zhenya, ancien membre suppléant du comité central du Parti communiste chinois, «qui lui avait lu plein de livres à son sujet», sourit M. Qiu.
Quand des cadres de State Grid voyageaient à New York, ils étaient gratuitement hébergés au Trump International Hotel et invités par THC à de luxueux dîners valant «plusieurs milliers de dollars», selon Robby Qiu.
Mais les négociations ont été gelées après l'ouverture d'une enquête pour corruption visant State Grid et la Cour des comptes chinoise a dénoncé en juin 2015 le recours illégal à des terrains publics pour ce projet. Les travaux ont cessé. Rien n'indique que des entreprises du groupe Trump aient été visées dans le cadre de l'enquête.
«Nous ne sommes pas en discussions actuellement avec State Grid», a assuré à l'AFP une porte-parole de Trump Hotels, le nouveau nom de THC, avant d'ajouter: «Notre intérêt reste entier pour les métropoles asiatiques, notamment chinoises, et nous continuerons en conséquence à y étudier de possibles opportunités».
Aucune loi n'interdit aux présidents américains de faire des affaires à l'étranger et Donald Trump a indiqué qu'il chargerait ses enfants de reprendre ses activités s'il était élu.

Prêts hypothécaires: entrée en vigueur de nouvelles mesures

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Publié le 17 octobre 2016 à 08h11 | Mis à jour à 08h11
De nouvelles mesures fédérales visant à réduire les risques pour certains... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse)
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE
La Presse Canadienne
Ottawa
De nouvelles mesures fédérales visant à réduire les risques pour certains acheteurs de première maison sont entrées en vigueur lundi.
Tout nouveau prêt hypothécaire assuré doit maintenant faire l'objet d'une simulation de crise par le prêteur qui est plus rigoureuse que celle qui est actuellement appliquée dans de nombreux cas.
Cette exigence touche notamment les prêts hypothécaires à taux fixe de cinq ans ou plus, qui en étaient exclus jusqu'ici.
Elle vise à s'assurer que les Canadiens qui contractent des prêts hypothécaires puissent les rembourser, même si les taux d'intérêt augmentent ou que leur revenu baisse à l'avenir.
Le gouvernement fédéral veut stabiliser les marchés du logement du pays, en particulier dans des villes comme Toronto et Vancouver, où les prix ont fortement grimpé.