samedi, mai 07, 2016

Cloutier et Hivon seront de la course à la chefferie

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7 mai 2016 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec
Les députés ont préféré Sylvain Gaudreault à sa collègue Agnès Maltais (à gauche), qui s’est ralliée à lui lors d’une conférence de presse réunissant tout le caucus dans un hôtel de l’arrondissement Sainte-Foy.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne
Les députés ont préféré Sylvain Gaudreault à sa collègue Agnès Maltais (à gauche), qui s’est ralliée à lui lors d’une conférence de presse réunissant tout le caucus dans un hôtel de l’arrondissement Sainte-Foy.

L’incertitude est levée. Les députés Alexandre Cloutier et Véronique Hivon se disputeront le titre de chef du Parti québécois. Reste à savoir « où » et « quand » ils annonceront officiellement leur volonté de succéder au magnat de la presse Pierre Karl Péladeau.

Réunis à huis clos, les élus péquistes ont donné leur bénédiction à la tenue d’une course à la direction du PQ vendredi. Il n’en fallait pas plus pour que la députée de Joliette, Véronique Hivon, « finalise sa réflexion » : elle sera sur les blocs de départ, a appris Le Devoir de sources sûres.

L’ex-ministre déléguée aux Services sociaux s’est distanciée vendredi du député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, qu’elle avait appuyé durant la dernière campagne à la chefferie du PQ. « Je suis pas mal capable de voler de mes propres ailes. […] Je suis dans ma propre trajectoire », a-t-elle insisté lors d’un impromptu de presse.

L’élue de 46 ans avait renoncé il y a près de deux ans à l’idée de briguer la direction du PQ. Elle avait plutôt choisi de consacrer ses énergies à parachever un long processus d’adoption internationale, a expliqué vendredi son attachée de presse. Un enfant avait été jumelé, et ce, après quatre ans d’attente. Le projet n’a cependant pas abouti.

Mme Hivon s’était entre-temps ralliée à la candidature de son confrère Alexandre Cloutier. Celui-ci devra cette fois-ci se résigner à voir sa consoeur « voler de [ses] propres ailes ».« On a une véritable relation d’amitié, ce qui fait que c’est un peu shakespearien comme scénario », a souligné l’ancien ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes.

À moins d’un coup de théâtre, M. Cloutier annoncera lui aussi sa candidature à la succession de Pierre Karl Péladeau, qui a démissionné avec fracas au début de la semaine. « Ma décision, elle est déjà prise, c’est clair. Je sais où je m’en vais », a fait valoir l’homme politique de 38 ans. « Dans tous les scénarios, je vais terminer avec madame Hivon. Dans tous les scénarios envisageables, on va travailler ensemble. On est condamnés à le faire », a-t-il ajouté.

La perspective d’un affrontement Cloutier-Hivon inquiète le député de Gaspé, Gaétan Lelièvre. Il a dit ne ménager aucun effort pour répéter la « formule gagnante » de la précédente campagne à la chefferie. Avec l’aide de Mme Hivon, M. Cloutier avait terminé au second rang la course à la direction du PQ. « J’aimerais beaucoup que Véronique et Alexandre fassent partie de la même équipe comme on l’a fait la dernière fois », a affirmé M. Lelièvre avant d’ajouter : « Ce sont deux candidatures qui se ressemblent beaucoup, ils ont les mêmes valeurs, la même vision. »

Deux candidats économiques

Les élus Martine Ouellet et Nicolas Marceau envisageaient, eux aussi, la possibilité de prendre part à la deuxième course à la chefferie péquiste depuis la débâcle électorale de 2014. Tous deux ont misé sur l’importance d’avoir des candidats économiques sur les rangs. Ex-ministre des Finances, Nicolas Marceau a même invité les membres du PQ à faire de l’économie leur « priorité »« Les gens sont très enthousiastes. Moi, ce que j’entends, c’est que les gens veulent une candidature avec un profil économique », a soutenu l’ex-ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, rappelant avoir négocié des contrats de plusieurs milliards de dollars lorsqu’elle travaillait chez Hydro-Québec.

Plusieurs députés ont dit appuyer l’idée d’une « course rapide » dont l’issue devrait être quelque part au cours de l’automne. « Il faut laisser parler les militants, on n’est pas pour faire ça au-dessus de leur tête », a insisté le whip, Harold Lebel. Message entendu, a fait valoir le chef intérimaire du PQ, Sylvain Gaudreault, avant de mettre le cap vers Montréal, où l’exécutif national du PQ s’est réuni en soirée afin d’explorer des « scénarios possibles de course au leadership ».

Les « détails » seront dévoilés samedi matin. Ceux-ci seront soumis à la conférence nationale des présidents et des présidentes (CNPP) en juin.

« Je n’ai pas du tout l’intention de toucher, même avec le bout d’une aiguille, les débats internes de la course », a déclaré M. Gaudreault. Il s’assurera toutefois que la campagne à la chefferie « se fait dans le calme et le respect »« Ma préoccupation, c’est que ça se fasse dans l’ordre. »

M. Gaudreault a été préféré à Mme Maltais afin de tenir les commandes du PQ d’ici à la désignation d’un successeur à M. Péladeau. Le député de Jonquière a d’ailleurs dit vouloir« [s’]inscrire dans la continuité » de Pierre Karl Péladeau. L’aile parlementaire péquiste continuera de dénoncer les « failles extrêmement importantes » du gouvernement libéral,« qui détruit comme jamais […] le Québec que nous aimons », a conclu le nouveau chef de l’opposition officielle.
Nathaly Dufour appuie Hivon
L’ex-chef intérimaire d’Option nationale Nathaly Dufour reprendra sa carte de membre du PQ quand Véronique Hivon officialisera sa candidature à la succession de Pierre Karl Péladeau. « Je pense que je ne serai pas la seule », a-t-elle lancé lors d’une entrevue téléphonique avec Le Devoir vendredi. Mme Hivon est « la seule » personne parmi les candidats pressentis qui lui donne « espoir »de voir le PQ « se réinventer »« Le PQ a besoin de se renouveler, de parler [et d’être doté] d’une vision plus claire. C’est la femme de la situation. » À ses yeux, la députée de Joliette est une « vraie de vraie »indépendantiste : Véronique Hivon érige l’indépendance en « priorité » et la présente sous les traits d’un projet « incarné ». Par ailleurs, Mme Dufour s’est dite « pas étonnée » de voir Jean-Marc Aussant passer son tour. Elle aurait été « déçue » si Mme Hivon avait fait de même.

Les orphelins de Pierre Karl Péladeau

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7 mai 2016 |Michel David

À première vue, le dernier sondage Léger-Le Devoir a tout pour plaire à Alexandre Cloutier, qui part avec deux longueurs d’avance dans la course à la succession de Pierre Karl Péladeau. C’est avec lui que le PQ aurait les meilleures chances de battre les libéraux, et il est de loin celui qui est le mieux perçu par les caquistes et les solidaires.

Quelque chose devrait pourtant le faire sourciller. Compte tenu de la marge d’erreur, les 27 % d’intentions de vote des électeurs péquistes dont il est crédité le placent sensiblement au même niveau qu’à l’issue de la course de l’an dernier (29,2 %). Cela signifie qu’il n’a rien récupéré des appuis que Pierre Karl Péladeau avait reçus au congrès de mai 2015 (57,6 %).

Soit, le sondage n’a pas été mené auprès de membres en règle du PQ, qui sont seuls habilités à voter pour le choix du chef, mais l’expérience enseigne qu’ils se comportent généralement comme les électeurs péquistes.

On peut penser que les 15 % recueillis par Bernard Drainville correspondent grosso modo au résultat qu’il aurait obtenu s’il avait terminé la course l’an dernier, plutôt que de se rallier à M. Péladeau, mais il est maintenant acquis qu’il ne sera pas sur les rangs.

Les 14 % de partisans de Jean-Martin Aussant, qui a coupé court aux spéculations sur sa possible candidature, sont sans doute en grande partie des orphelins de PKP, qui doivent aussi être nombreux parmi les 22 % d’indécis. Vers qui se tourneront-ils ?


Plusieurs l’avaient appuyé en se bouchant le nez, voyant en lui un sauveur qui les conduirait à la terre promise même si son passé antisyndical heurtait leurs valeurs sociales-démocrates. Alexandre Cloutier est sans aucun doute un social-démocrate, mais Véronique Hivon et Martine Ouellet peuvent aussi revendiquer cette étiquette.

Ceux qui se préoccupent d’identité pouvaient facilement se reconnaître en Pierre Karl Péladeau ou en Bernard Drainville. Ils doivent se sentir moins d’affinités avec Alexandre Cloutier ou Véronique Hivon, qui se réclament plutôt d’un nationalisme civique.

La charte de la laïcité était peut-être une mauvaise expression de l’identité québécoise et une bourde stratégique, qui a permis au camp fédéraliste de se présenter en défenseur des droits et libertés, mais l’identité demeure la pierre d’assise du projet souverainiste. Abandonner ce terrain à la CAQ serait une grave erreur.

Plusieurs ont dû être surpris que Véronique Hivon obtienne la faveur de seulement 11 % des électeurs péquistes, alors que son nom est sur toutes les lèvres. Même si elle a été louangée pour son rôle dans l’adoption de la loi sur l’aide médicale à mourir, sa notoriété demeure relativement faible. C’était aussi le cas d’Alexandre Cloutier quand il s’est lancé dans la course à la succession de Pauline Marois. Plusieurs le tenaient pour quantité négligeable, y compris ses adversaires.

Mme Hivon n’a pas eu l’occasion de se prononcer sur des sujets autres que ceux dont elle était responsable au sein de l’aile parlementaire. En quoi se distingue-t-elle de M. Cloutier, dont elle vantait les qualités il y a un an ? La compassion est une belle qualité, mais elle ne constitue pas une plateforme ni une garantie de leadership.

La longueur de la dernière course avait bien servi M. Cloutier, qui avait eu le temps de se faire connaître. L’approche des élections et la nécessité de tenir un congrès d’orientation risquent de priver Mme Hivon d’un temps précieux. Ceux qui définiront les règles du jeu devront être conscients qu’elles pourraient avoir un impact sur l’issue de la course.


Le sondage Léger-Le Devoir constitue certainement une déception pour Martine Ouellet. Des 13,2 % d’appuis recueillis l’an dernier, il ne reste plus que 4 %. Une autre qu’elle en serait peut-être découragée, mais baisser les bras ne fait pas partie de son ADN.

Alors que le flou sur la tenue du référendum est presque devenu la règle au PQ, Mme Ouellet avait eu le grand mérite d’être claire. Si sa candidature se confirme, on peut compter sur elle pour forcer ses adversaires à l’être aussi.

Il est paradoxal que le Oui fasse un bond de six points au moment où M. Péladeau quitte la scène. Un score de 41 % est nettement supérieur aux intentions de vote du PQ, peu importe qui en serait le chef. Mme Ouellet pourra y faire la preuve que le PQ a tout intérêt à s’engager à tenir un référendum dans un premier mandat.

Avoir raison est parfois un tort. Certains n’ont jamais pardonné à Jean-François Lisée d’avoir qualifié M. Péladeau de « bombe à retardement ». Il est à espérer que le faible appui (6 %) dont il bénéficie ne le dissuade pas d’entrer dans la course. Les péquistes ont toujours eu du mal à accepter qu’on leur dise leurs quatre vérités, mais ils en ont grand besoin.