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jeudi, septembre 24, 2015

Élections Canada 2015 « Personne n'a le droit de dire à une femme ce qu'elle doit porter », soutient Mulcair

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Mise à jour le mercredi 23 septembre 2015 à 16 h 38 HAE

Dans un discours ajouté à la dernière minute dans son programme de la journée, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a défendu mercredi la position qu'il adopte dans le dossier du port du niqab lors des cérémonies de prestation du serment de citoyenneté.
Assurant qu'il n'est « pas naïf » face à ces questions identitaires « complexes », il a assuré qu'il avait toujours défendu et défendrait toujours « avec vigueur » le principe de l'égalité homme-femme, tout en disant comprendre les interrogations que la position du NPD pouvait engendrer.
« Après des décennies de luttes féministes au Québec, je comprends que le port du niqab par une femme puisse créer un malaise, et même de la colère. Je comprends bien qu'on puisse y voir un symbole d'infériorité et d'oppression envers les femmes », a-t-il dit.
« Là-dessus, je dois être clair : personne n'a le droit de dire à une femme ce qu'elle doit porter ou ne pas porter. »— Thomas Mulcair, chef du NPD

Les règles actuelles obligent de toute manière la personne à s'identifier avant la cérémonie, a souligné M. Mulcair. « Je suis d'accord avec la règle existante, selon laquelle une femme portant le niqab soit tenue de se découvrir avant d'obtenir sa citoyenneté dans le respect de ses convictions religieuses et sincères », a-t-il précisé.
« Mais si certaines de ces femmes sont opprimées, il faut les aider et ce n'est pas en les privant de leur citoyenneté canadienne et de leurs droits qu'on va y arriver », a plaidé le chef du NPD.
Mulcair dénonce « l'hypocrisie politique » des conservateurs
Le port du niqab pour les cérémonies de prestation de serment de citoyenneté est devenu un sujet central de la campagne électorale depuis que la Cour d'appel fédérale a publié un jugement lié à ce sujet, la semaine dernière.
Le tribunal a déterminé que la directive ministérielle du gouvernement Harper interdisant aux femmes de prêter serment le visage couvert n'était pas conforme à la réglementation actuelle. Le tribunal, qui a confirmé un jugement rendu par la Cour fédérale en février dernier, n'a cependant pas statué sur le fond de la question.
Les conservateurs ont déjà fait savoir qu'ils saisiraient la Cour suprême dans ce dossier et qu'ilsdéposeraient un projet de loi pour forcer la prestation du serment de citoyenneté à visage découvert dans les 100 jours suivant leur éventuelle réélection.
« Depuis les réactions à la mort du petit Alan Kurdi sur les plages de la Turquie jusqu'à la décision des tribunaux sur le port du niqab, on est passé à un autre niveau d'hypocrisie politique », a affirmé Thomas Mulcair.
« La question du niqab est la dernière en date dans le sac à malices des conservateurs : un enjeu émotif qui, dans les faits, ne touche directement qu'un tout petit nombre de citoyens dans une situation bien spécifique, mais qui attise la crainte de l'inconnu et de l'étranger. »— Thomas Mulcair, chef du NPD

Le chef néo-démocrate reconnaît que les débats sur l'accueil de réfugiés ou le port du niqab sont « légitimes », mais déplore « la manipulation de l'enjeu à des fins purement partisanes ». Les conservateurs, accuse-t-il, « ont l'intention de faire peur aux Canadiens, quitte à le faire sur le dos de citoyens vulnérables ».
Thomas Muclair s'est porté à la défense de tous ces immigrants qui « tout en observant les rites de leur religion, vivent pleinement les valeurs québécoises et canadiennes quotidiennement ». Nombreux sont ceux qui « peinent à trouver des emplois de qualité, et à s'intégrer, faute d'appuis », a-t-il observé, en invitant les électeurs à ne pas être « distrait de l'essentiel » par des « discours négatifs » qui font « dérailler les débats ».
Le vote à visage couvert : un faux débat, selon Mulcair
En matinée, Thomas Mulcair s'est moqué du fait que des citoyens affirment sur les réseaux sociaux qu'ils sont prêts à aller voter avec le visage couvert le 19 octobre, afin de protester contre le jugement de la Cour d'appel fédérale.
« Ce que ces gens devraient faire, c'est de lire la loi fédérale qui prévoit que vous avez le droit de voter assis dans votre salon. C'est un droit que vous avez au Canada », a-t-il noté lors d'un point de presse suivant sa rencontre avec le maire de Montréal, Denis Coderre. « Si, par aventure, ça vous tente de mettre un sac de papier dans votre salon, personne ne peut vous en empêcher. »
« Si vous avez un frère ou un cousin qui étudie à la Sorbonne en ce moment, cette personne-là a le droit de voter sans se présenter dans une ambassade ou un consulat. C'est par la poste », a-t-il ajouté. « Encore une fois, s'il veut le faire avec un sac en papier sur la tête, il peut le faire, pourvu qu'il s'identifie, ce qui est exactement la même chose qui est requise ici. »
Le maire Coderre s'est impatienté devant les questions des journalistes qui revenaient à la charge à ce sujet. « J'aimerais vous rappeler qu'on parle d'environ 50 personnes avec un niqab au Québec. Parlez-moi de Montréal », a-t-il lancé.
M. Coderre, qui a longtemps été député libéral et a brièvement été ministre de l'Immigration du Canada, avait précédemment déclaré qu'à son avis, « l'assermentation doit se faire à visage découvert », puisque le port du niqab est une question culturelle, et non religieuse, a-t-il estimé.